Bonjour à toutes et à tous
Je voudrais tout d’abord remercier la ministre de la Santé du Portugal, Mme Ana Paula Martins, de nous accueillir aujourd’hui à Lisbonne.
L’engagement du Portugal en faveur de cette démarche, en tant que pays qui investit depuis de nombreuses années dans l’innovation en santé, illustre le type de leadership qui permet de faire avancer cette ambition. Obrigado, ministra.
Je voudrais commencer par un chiffre : 8 %.
C’est la proportion de pays de la Région européenne de l’OMS qui disposent d’une stratégie consacrée à l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé. À peine 8 %.
Dans le même temps, près des deux tiers des pays utilisent déjà l’intelligence artificielle à des fins diagnostiques. Et la moitié ont déjà mis en place des agents conversationnels destinés aux patients reposant sur l’IA.
Autrement dit, nous déployons une technologie qui transformera les soins de santé et la médecine tels que nous les connaissons, alors qu’à peine un pays sur douze dispose d’une stratégie permettant d’en assurer une gouvernance responsable.
Ce décalage entre le déploiement de l’intelligence artificielle et sa gouvernance constitue aujourd’hui le principal défi de l’IA dans le domaine de la santé. C’est la raison pour laquelle nous sommes réunis aujourd’hui à Lisbonne.
L’OMS/Europe a récemment achevé la plus vaste évaluation jamais réalisée sur le niveau de préparation à l’intelligence artificielle de ses 53 États Membres. Les conclusions sont sans appel. Pour 98 % des États Membres, l’amélioration de la prise en charge des patients est la principale motivation de l’adoption de l’intelligence artificielle. Et les résultats sont là.
À Coimbra, ici même au Portugal, l’analyse d’images assistée par l’IA aide les cliniciens à détecter plus rapidement les maladies thoraciques et les fractures osseuses, réduisant ainsi les délais d’attente dans les services de soins primaires et les services d’urgence. Aujourd’hui déjà, des patients bénéficient d’une meilleure prise en charge grâce à l’IA.
En revanche, le constat est plus préoccupant en ce qui concerne la gouvernance.
Seul un pays sur cinq propose une formation à l’intelligence artificielle aux professionnels de santé avant leur entrée dans la vie professionnelle.
Seul un pays sur quatre dispense une formation une fois ces professionnels en exercice.
Moins de la moitié des pays ont évalué si leur cadre juridique est adapté aux enjeux actuels.
Et près de 40 % des pays ne disposent toujours d’aucune orientation éthique concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé.
Plus la gouvernance tarde à suivre le rythme du déploiement de l’intelligence artificielle, plus le coût humain est élevé. Un algorithme biaisé peut conduire à un diagnostic erroné, avec des conséquences bien réelles pour les patients. Un professionnel de santé formé à faire confiance à un système d’intelligence artificielle dont il ne peut ni comprendre ni remettre en question le fonctionnement n’est pas véritablement en mesure d’exercer son jugement, ce qui accroît le risque d’erreurs échappant à son contrôle. Et, plus largement, tout cela contribue à éroder la confiance du public dans les systèmes de santé.
Pour changer la donne, trois conditions doivent être réunies.
Premièrement, la gouvernance doit évoluer au même rythme que le déploiement de l’IA. Tout pays qui déploie l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé doit disposer d’une stratégie, d’un cadre définissant les responsabilités en cas de défaillance d’un système d’IA et de programmes de formation destinés aux professionnels qui utilisent ces outils.
Deuxièmement, aucun pays ne devrait avoir à relever seul ce défi. C’est pourquoi l’OMS a réuni à Lisbonne 37 pays issus des six Régions de l’OMS, afin de dégager des priorités communes et d’être à l’écoute de leurs besoins concrets pour faire de l’intelligence artificielle appliquée à la santé une réalité au bénéfice de tous.
Troisièmement, la communauté lusophone a un rôle particulier et essentiel à jouer. Le Portugal, l’Angola, le Brésil, le Mozambique et leurs partenaires partagent bien plus qu’une langue : ils entretiennent depuis des décennies des relations institutionnelles de confiance, des échanges universitaires et une coopération technique étroite. C’est sur cette base que nous entendons élaborer une feuille de route pour une coopération lusophone sur l’intelligence artificielle et la santé, dont le lancement est prévu à l’occasion du Sommet régional sur la santé qui se tiendra au Brésil en 2028.
L’avenir de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé ne sera pas déterminé par les algorithmes. Il dépendra des cadres que nous mettons en place aujourd’hui, des partenariats que nous construisons et de notre volonté politique de faire en sorte que cette technologie soit au service de tous, et pas seulement des pays et des populations qui disposent des ressources nécessaires pour en orienter le développement selon leurs propres priorités.
C’est ici que ce travail commence. Aujourd’hui. À Lisbonne.
Je vous remercie. Muito obrigado.

